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novembre 15, 2015 - Updated on janvier 20, 2016

L’Iran ouvre ses marchés mais pas ses prisons


Journalistes emprisonnés, surveillance massive du Web, censure des médias… A l’occasion de la visite du président iranien Hassan Rohani à Paris le 17 novembre 2015, Reporters sans frontières (RSF) rappelle que la situation de la liberté de l’information en Iran est particulièrement désastreuse.

Des dizaines de journalistes et net-citoyens emprisonnés

Classé 173e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) en 2015, l’Iran est l’un des pays les plus répressifs à l’encontre des journalistes et des net-citoyens.

A ce jour, le pays compte 38 journalistes et net-citoyens détenus dans les prisons du régime, faisant de l’Iran l’une des cinq plus grandes prisons du monde pour les acteurs de l’information.

Parmi les journalistes emprisonnés, quatre d’entre eux ont été arrêtés le 2 novembre 2015, Journée internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre des journalistes, soit deux semaines avant la visite officielle du président Rohani. Afarine Chitsaz, journaliste pour le quotidien Iran, Ehssan Mazndarani, directeur du quotidien Farhikhteghan, Saman Safarzai, journaliste pour le mensuel Andisher Poya et Issa Saharkhiz, journaliste indépendant de renommée, ont été arrêtés pour “participation à un réseau d’infiltration américain dans les médias iraniens”.

Le 9 octobre 2015, c’est le journaliste et documentariste Kaivan Karimi qui était condamné à six ans de prison ferme et 223 coups de fouet pour “insulte envers l’islam” pour avoir serré la main et fait la bise à une femme. Il avait également été reconnu coupable d’avoir réalisé un documentaire sur les graffitis en Iran après la révolution et un clip à la demande d’un chanteur résidant à l’étranger.

Rappelons que l’Iran n’a pas ratifié la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Jason Rezaian, plus d’un an de cauchemar dans les geôles iraniennes

Le 17 novembre, cela fera 483 jours que Jason Rezaian, correspondant irano-américain pour le Washington Post à Téhéran, est détenu pour “espionnage au profit d’une puissance étrangère”. Le 22 juillet 2014, Jason Rezaian et son épouse Yeganeh Salehi, également journaliste pour The National, un journal basé aux Emirats arabes unis, ainsi que deux autres ressortissants américains, avaient été arrêtés par des agents en civil des gardiens de la révolution à leur domicile de Téhéran. Depuis le début de sa détention, le journaliste est victime de mauvais traitements dans la prison d’Evin sous le contrôle des gardiens de la révolution, dans le but notamment d’obtenir des aveux forcés et de les utiliser contre lui lors de son procès à huis clos. Malgré les nombreux appels d’ONG internationales, le journaliste est toujours détenu.

Surveillance du Web

Depuis l’accession à la présidence du conservateur modéré Hassan Rohani le 14 juin 2013, une centaine de net-citoyens ont été interpellés, condamnés ou emprisonnés, principalement sur la base des renseignements des gardiens de la révolution. Cet acharnement contre les professionnels des médias n’est que la continuité de la répression commencée au lendemain de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. A l’époque, au moins 300 journalistes et net-citoyens avaient été victimes de la vague sans précédent d’arrestations arbitraires, de tortures et de lourdes condamnations à de la prison ferme.

D’après les chiffres officiels, avec plus de 40 millions d’internautes, l’Iran est l’un des pays les plus connectés de la région. L’instauration d’un “Internet halal”, ordonné par le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei, n’a pas été abandonnée, il a simplement changé de nom. Il s’agit désormais du “Filtering Intelligent’ qui est un accès sélectif et contrôlé de l’Internet et surtout des réseaux sociaux, qui permet ainsi aux gardiens de la révolution de poursuivre leur acharnement contre les net-citoyens.

Censure et auto-censure des médias

En dépit d’une presse dynamique, les médias sont constamment sous pression, obligés de censurer les informations dérangeantes pour le régime, sous peine de voir l’intervention d’une liste interminable de censeurs - responsables de la justice, ministère des Renseignements, gardiens de la révolution et autres institutions - qui font pression sur les journalistes et les médias.

A leur sortie de prison, les journalistes, qu’ils soient condamnés ou non à une « interdiction d’exercer le métier de journaliste », ne peuvent plus travailler. De nombreux directeurs et rédacteurs en chef de publication reçoivent des consignes claires pour ne pas les embaucher.

Justice dépendante et tribunaux illégaux

Selon l’article 110 de la Constitution iranienne, le chef du système judiciaire est nommé par le Guide suprême, remettant largement en question l’indépendance de la justice iranienne quand on sait que les condamnations de journalistes reposent essentiellement sur les renseignements obtenus par les gardiens de la révolution, corps dépendant directement du Guide suprême. Ali Khamenei contrôle donc à la fois les gardiens de la révolution et l'appareil judiciaire.

Par ailleurs, notons que les tribunaux révolutionnaires ne sont pas autorisés par la Constitution, mais que plus de 60% des journalistes et net-citoyens condamnés ont été jugés par ces tribunaux.

Enfin, en dépit d’une disposition de l’article 168 de la Constitution sur l’obligation d’ouvrir au public les procès pour les délits politiques et les délits de presse, la plupart des procès se déroulent à huis clos.