Rapports

décembre 28, 2015 - Updated on juin 7, 2016

La liberté de l’information, indispensable à la paix en Turquie

Alors que la question kurde se retrouve à nouveau au coeur d’une actualité turque particulièrement troublée, Reporters sans frontières (RSF) publie ce 15 octobre 2015 un rapport explorant cette thématique et sa relation à la liberté de la presse en Turquie. Ce travail est le fruit de deux missions d’enquête à Istanbul et Diyarbakir, la plus grande ville du sud-est anatolien, à majorité kurde.

Trois mois après la reprise des combats entre l’armée
turque et les rebelles kurdes du PKK, et à deux semaines de nouvelles
élections législatives, la Turquie est un baril de poudre. Les inconnues
politiques et sécuritaires s’accompagnent d’attaques redoublées contre
la liberté de la presse. C’est dans ce contexte tendu que RSF publie son
enquête intitulée “Problème kurde : la liberté de l’information fait partie de la solution”.

Ce rapport
documente l’intensification de la censure et revient sur les espoirs
suscités ces deux dernières années par le processus de paix entre le
gouvernement et le PKK. Tant que duraient les négociations, les médias
ont pu couvrir la question kurde plus librement, parce que le pouvoir le
voulait bien. Mais l’absence de reformes de fond et le manque
d’indépendance de la justice rendaient très fragile cette tolérance de
circonstance et laissaient présager le retour de bâton actuel. D’autant
plus que la dérive autoritaire du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan
s’est accompagnée ces dernières années d’une intolérance croissante à
toutes les voix critiques. RSF replace cette analyse dans la longue
histoire de tabous et de répression liée à la couverture de la question
kurde, qui marque encore profondément la presse turque. Le rapport
décrit enfin le difficile travail des journalistes au plus proche du
conflit, dans le sud-est anatolien.

“Seules des réformes en profondeur et la
démocratisation de la Turquie permettraient de banaliser durablement la
couverture de la question kurde
, note Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. C’est
le contraire qui se produit. L’intensification de la censure ne peut
qu’accentuer les frustrations et attiser les tensions politiques et
communautaires. Il est urgent que les autorités mettent un terme à cette
fuite en avant et réalisent que la liberté de l’information, plus que
jamais, fait partie de la solution.”

Le rapport
souligne à quel point le rôle des médias est crucial aujourd’hui pour
témoigner de la situation et permettre le débat démocratique entre les
différents segments d’une société hautement polarisée. Mettre des mots
sur les problèmes, permettre à toutes les voix de s’exprimer et ouvrir
l’espace du débat démocratique sont des conditions essentielles à la
paix. En retour, seule la fin du conflit permettrait enfin à l’Etat de
se dégager de ses réflexes sécuritaires et paranoïaques, le rendant plus
à même de développer une culture de la transparence et de respect des
médias. RSF formule dans le rapport des recommandations aux autorités
turques, aux institutions judiciaires, aux journalistes et à la société
civile.